
À la piscine, les enfants se regardent. D'abord, c'est le silence. Puis, un premier garçon crie. Un autre s'avance à 4 pattes vers le centre du cercle formé par les parents.



Il y a les arbres. Il y a les sentiers boueux. Les moustiques, le lac et ce gros chien, nono, qui nous accompagne dans nos promenades. Il y a Henri dans le kangourou, les feux de camp, les repas dehors à la chandelle. Et ce livre.
Traité de pédo-psychologie, l’essai tente de présenter la réalité vue par les enfants de 0 à 3 ans. Pour y parvenir, l’auteur a examiné, noté, filmé sa fille Athena et il laisse ici le résultat de ses observations. À cheval entre le récit et l’ouvrage scientifique, le texte est à la fois sensible et solide, vulgarisé et précis. De fait, l’auteur fait le va et vient entre les études et expériences publiées, ses expériences personnelles et des questionnements fondamentaux - le langage, la pensée - s’interrogeant sur le développement. À quel moment un enfant devient “intelligent”? Que comprend-il? Comment le comprend-il?
C’est un livre qui tombe bien. Qui, sans améliorer mes compétences parentales, me permet de mieux comprendre ce que vit mon garçon ou, à tout le moins, de regarder ses apprentissages d’un nouvel oeil.
Plus encore, il me ramène à des réflexions comparatistes ici bien concrètes. Je me mets à observer de quelle façon Henri, qui ne sait pas encore nommer une pomme une pomme, qui ne sait pas non plus que l’objet existe à l’extérieur de son champ de vision, se surprend chaque fois qu’il la voit, mais de moins en moins. Tranquillement, il associe la forme à la couleur et la couleur au goût. Bientôt, il anticipera sa saveur. L’objet deviendra une pomme. Et plus tard, il saura la nommer. Mais pour l’instant, sa pensée est multisensorielle, en marge du langage. Le langage lui permettra de transformer la pomme en concept, de la reconnaître dans un livre d’images. À le voir aller, je réalise l’importance du processus, son impact.
Depuis plus de trois millénaires, on voyage. Et on écrit. Les voyageurs laissent des traces de leur passage en racontant leurs expériences et en posant un regard sur ce qui les entoure. Déjà, en Égypte ancienne, les gens prospères voyageaient pour aller visiter les monuments de leur propre civilisation et en profitaient pour inscrire dans la pierre la preuve de leur passage. «Hadnakthe, scribe du trésor, a fait une excursion pour se distraire à l’Ouest de Memphis, en compagnie de son frère, Panakhti» est ainsi gravé dans la roche depuis 1244 avant J.-C. (Taras GRESCOE.Un voyage parmi les touristes) Puis, en 484 avant J.-C., Hérodote devient le premier écrivain qui parvient à vivre comme auteur de récits de voyage. C’est dire que la pratique de l’écrit comme moyen de transmission des expériences date.
Comme autant de témoignages sur les endroits visités, ces écrits pavent la voie des futurs guides touristiques, récits de voyage et autres catalogues informatifs. Dès lors, la pratique du voyage et la pratique de l’écrit deviennent inséparables.Ça y est, c’est à mon tour. Grâce à Caroline, j’ai maintenant l’occasion de vous dévoiler ma cicatrice. J’avoue que je l’attendais un peu. J’avais même déjà pris le temps d’y réfléchir.
Évidemment, j’aurais pu vous parler de ma grande cicatrice. Si grande qu’elle a pu laisser passer la vie. Si petite par rapport à toute l’émotion qui a suivi. La marque sur mon corps des 9 mois où j’ai cohabité avec mon petit garçon. Mais celle-là, je la garde pour moi.
Je vous montre plutôt celle-ci:
Quand j’avais trois ans, j’ai fait, semble-t-il, une varicelle monstre. Sous les pieds, entre les doigts, même dans les yeux. J’avais des boutons partout. On me revoit alors, petite, une boule de cheveux (presque un afro) et mon air malade. Je devais faire pitié, c’est fou.
Il ne me reste à peu près aucun souvenir de cette période. Sauf cette marque, un bouton trop longuement gratté (j’en ai une autre sur la bédaine) et une répulsion pour l’odeur de la calamine.
Julien parle depuis quelque temps d’avoir un blogue, lui aussi. Quelque chose de joli où il pourra montrer des illustrations et ses projets graphiques. Alors je lui envoie la tag. Pour lui donner envie de commencer. Et parce que ça sera sûrement très intéressant, une histoire de cicatrice dessinée.

Avez-vous lu ça? Foglia en parlait dans son article d’aujourd’hui que j’ai – ironiquement – lu sur Cyberpresse.
Ça me rappelle un peu le cours de Jean-Claude Guédon que j’ai suivi à l’hiver 2008. La thèse principale qu’il défendait était que les technologies modifient inévitablement la diffusion de l’information et, par conséquent, notre façon d’y avoir accès, de voir le monde qui nous entoure et, par extension, notre façon de penser. Internet, disait-il, a un effet comparable à l’invention de la presse. Des outils technologiques forment des façons de communiquer, forgent le langage, forcent notre pensée.
L’analyse de Nicholas Carr va plus loin. Naviguer sur Internet, plaide-t-il, entraîne une nouvelle façon de lire. La vitesse est de mise, l’accessibilité à l’information doit être rapide. Peu de temps pour la réflexion. Trouver tout, tout de suite. Mettre la main sur des textes. Collectionner les hyperliens. Naviguer de pages en pages. S’arrêter peu, faire défiler rapidement l’information. Tel est le portrait du lecteur du 21e siècle.
A pathologist who has long been on the faculty of the University of Michigan Medical School, Friedman elaborated on his comment in a telephone conversation with me. His thinking, he said, has taken on a “staccato” quality, reflecting the way he quickly scans short passages of text from many sources online. “I can’t read War and Peace anymore,” he admitted. “I’ve lost the ability to do that. Even a blog post of more than three or four paragraphs is too much to absorb. I skim it.”
Pessimiste? Peut-être. Réaliste? Un peu quand même. L’article est long. Je me suis forcée à le lire au complet. Pour ne pas lui donner raison. Reste que j’ai dû recommencer quelques fois parce que, tiens, il pointe vers un autre texte, je vais aller voir le site de l’illustrateur, je pense au commentaire que j’écrirai ici...
Quand j’étudiais en Littérature comparée, de grands professeurs m’ont fait réalisé que la pensée n’est pas immuable. Les gens d’aujourd’hui ne pensent plus comme ceux d’il y a 300 ans. Je vous laisse sur ce passage, un peu troublant, qui explique peut-être pourquoi :
When the mechanical clock arrived, people began thinking of their brains as operating “like clockwork.” Today, in the age of software, we have come to think of them as operating “like computers.” But the changes, neuroscience tells us, go much deeper than metaphor. Thanks to our brain’s plasticity, the adaptation occurs also at a biological level.